Mercredi 8 octobre 2008
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Spectacle de fin d'année scolaire, dans un jardin de ville. Décor bucolique. Ambiance festive. Tonnerre d'applaudissements. Petites larmes d'émotions vite essuyées. Rires.
Un groupe d'enfants accompagné de leur institutrice salue bien bas depuis l'estrade. En fond, des buissons de lauriers roses font ressortir leurs déguisements blancs. Parents, famille, amis,
assis sommairement sur les gradins en ciment du parc, n'en perdent pas une miette. Peu importe le confort. Dans cette arène, si les participants sont mangés, ce ne sont que des yeux !
L'estrade se vide dans un joli désordre de bousculade, de rires d'enfants, de chuchotements de professeurs...
- Silence ! Silence ! résonne une voix au micro.
- ...lence ! ...lence ! répond l'écho.
Entrent alors sur scène, des tout-petits, à la file indienne. Des oh ! et des ah ! montent des gradins. Les jeunes écoliers se sont arrêtés au milieu de l'estrade et tournent sur eux-même pour
laisser le temps aux spectateurs de les admirer à leur guise. Ils sont tout simplement magnifiques ! Des mains de fée leur ont confectionné des costumes fabuleux ! Ce petit est une tomate ;
celui-là, un champignon ; puis s'avance une olive et une aubergine. Tout le public éclate de rire quand apparaît un petit gruyère et un petit jambon. Un vrai travail de professionnel pour rendre
ces déguisements aussi représentatifs. Mais au fait, quel est le thème du spectacle ?
- Pizza au feu des bois ! annonce en musique la maîtresse.
Aussitôt les enfants forment de petites rondes : de bien jolies "pizzas". Et tournent, tournent gaiement au rythme de la musique. Virevoltent en tout sens, au son joyeux des violons. Puis la
mélodie se fait plus lente, plus douce. Piano, piano. Pianissimo.
De derrière le rideau de fortune, un bambin apparaît. Tout de blanc vêtu. Une silhouette toute en longueur que vient allonger un haute toque posée sur sa tête. Aucun doute, voilà notre cuisinier
! Un sourire radieux illumine son visage tandis qu'il passe nonchalamment autour de chaque "pizza" enfantine. Cette silhouette blanche et longiligne vient contraster avec les rondeurs bariolées
des autres petits déguisés. Il passe et repasse. De sa main, il fait signe aux rondes de tournoyer encore et encore.
Soudain, il lève les deux bras au ciel et les baisse subitement. Sous l'autorité du chef-d'orchestre, les rondes stoppent tout mouvement. Des notes de piano, allegro, se font entendre et aussitôt
un second groupe d'enfants monte sur la piste. Tout de rouge et de orange vêtu. Ils entourent les "pizzas", mimant à l'aide de rubans, de joyeuses flammes qui viendraient les chauffer. Ils
ondulent leur corps, agitent leurs bras en cadence.
Très sérieux, le jeune cuisinier regarde droit devant lui, droit dans la foule, le regard perdu au loin. Tandis que tout tourbillonne autour de lui, il reste ainsi figé.
Le rythme de la mélodie s'accélère. Le piano et les violons se déchaînent. Au claquement des cymbales, les instruments et les enfants s'immobilisent. Les écoliers restent impassibles quelques
secondes puis se mettent en ligne ; le chef-cuisinier les précédant d'un pas. Tous saluent, sous les acclamations de l'assistance, debout.
L'institutrice fait signe aux enfants qu'ils peuvent maintenant rejoindre leur famille. Alors tous s'élancent dans les bras de leurs parents. Bisous, étreintes, câlins, tapotements sur la tête ou
l'épaule, à chacun sa manifestation d'affection.
Mais alors, que fait encore notre petit cuistot sur l'estrade ? A son tour, d'être spectateur. Spectateur de la scène qui se déroule dans les gradins. Recherche-t-il quelqu'un ? Un parent ? Des
amis ? Il semblerait que non. Simplement, il regarde d'un petit air pensif. Puis se résignant à quitter des yeux ce tableau, il se dirige vers les marches et descend lentement de l'estrade. Son
regard fixant le sol, il marche. Il s'éloigne des petits groupes qui s'embrassent encore. Il marche tranquillement. Il ne se retourne pas. Devant la grille du jardin, notre jeune héros s'arrête.
Il aperçoit un gros caillou blanc. Il s'assoit. Il attend. Résigné.
Personne n'est venu le voir jouer.