Mercredi 7 octobre 2009
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18:35
Betsaleel... Béthanie... Tchad... Souvenirs...
Samedi matin, un ami dont je n'avais plus eu de nouvelles depuis de nombreuses années m'a téléphoné pour m'informer que l'orphelinat
Betsaleel fêtait ses 40 ans à quelques kilomètres de chez moi.
Durant les 7 années que nous avons passé au Tchad avec mes parents, nous habitions à proximité de cet
orphelinat, en brousse. Avec ma soeur, nous nous y rendions tous les jours pour suivre les cours par correspondance avec Raphael et Sybile, les enfants des responsables de l'orphelinat, qui
étaient dans les mêmes classes que nous. Trois années hautes en couleur !
Puis un deuxième orphelinat, Béthanie, s'est ouvert à la capitale, l'année où mon père y ouvrait une
école biblique. Nous nous sommes donc tous installés à N'Djamena. Raphael, Sybile, Julie et moi suivions maintenant les cours au lycée français. Dur, dur le passage des cours par correspondance
au "vrai" lycée !
Après les cours, mon temps libre se passait à donner à manger aux bébés de Béthanie, les changer, les
promener, jouer avec eux... Même dans mon emploi du temps de révision du bac se trouvait les heures de biberons des bébés !
Et puis le jour est arrivé de notre retour définitif en France. Direction la fac ! Très excitée à
l'idée de retrouver la vie européenne, les copains-copines, la famille... Mais le coeur partagé... Comment se résoudre à laisser ces bébés ? Marielle, Danaël, Davy, Mélissa et tous les autres. Je
suppliais mes parents d'en adopter un : j'aurais eu le sentiment de ramener un peu de Tchad avec nous, de pouvoir "sauver" un enfant. Mais cela n'était pas possible. Ce n'était d'ailleurs pas le
but de l'orphelinat: il s'agit que les enfants puissent réintégréer leur famille quand ils seront plus grands.
Le retour en France s'est bien passé mais avec toujours un peu de nostalgie. Les premiers jours, je
regardais ma montre en me disant que c'était l'heure des bains, des biberons... Pour garder un lien, j'ai parrainé un enfant, Danaël.
Et puis la vie a continué. Les études, un mariage, un bébé, 2 bébés, des difficultés d'étude, de
boulot, des déménagements, des projets qui tombent à l'eau, des "pannes" financières, d'autres projets qui se représentent, un 3e bébé... ... Le Tchad n'était jamais bien loin dans mes
pensées mais le quotidien avait pris le dessus. Et puis pas facile de parler d'un monde qui parait si étrange à ceux qui ne l'ont pas connu...
Lorsque ma fille aînée est née, ce sont surtout mes propres souvenirs de petite fille qui ont fait
surface. Petit parallèle avec moi : moi aussi, je suis une fille et l'aînée de mes frère et soeur.
Quand mon 2e bébé est né, un garçon, ce sont mes souvenirs liés à mon petit
frère qui sont remontés : comment je m'en occupais, comment j'avais investi
mon premier rôle de "petite maman".
Mais quand Axel est né, je me suis revue au Tchad, m'occupant de tous ces petits orphelins et je me
suis dis que la vie était vraiment injuste. Pourquoi certains enfants reçoivent des bisous et des câlins toute la journée pendant que d'autres sont abandonnés dans
des conditions si atroces ?
Entre temps, ma vie s'est stabilisée : mon mari a un travail fixe, on ne déménage plus... Je me sens
tellement privilégiée pour la vie confortable que je mène depuis un an et demi (même si ce n'est pas le Pérou !!!). Je me suis dis que j'allais reprendre contact avec l'orphelinat pour voir de
quelle manière je pourrais les aider maintenant.
Alors quand j'ai reçu ce coup de fil, samedi matin, me disant que l'orphelinat fêtait ses 40 ans à
quelques kilomètres de chez moi, ni une ni deux, dimanche matin, j'ai préparé ma petite troupe et en route !
Matinée pleine d'émotion : j'ai revu des amis que je n'avais pas revu depuis plus de 10 ans. Certains
ne m'ont même pas reconnu !!! Plein de souvenirs sont remontés et surtout le désir de m'investir à nouveau dans une association pour apporter quelque chose aux autres.
J'ai montré le petit film de l'orphelinat à mes enfants pour leur montrer quelle vie privilégiée est
la notre. J'en ai profité pour leur expliqué qu'on allait parrainer un enfant pour l'aider à vivre dans son pays. Ils sont heureux de pouvoir le faire !
Et du coup, je suis très motivée par un projet qui me tient à coeur depuis cet
été : ouvrir une bibliothèque associative qui aura pour but de favoriser
l'accès aux livres pour tous, donner le goût de lire et d'étudier, promouvoir la culture littéraire en générale et biblique en particulier.
Mais je vous parlerai plus en détail de mon projet une prochaine fois, là j'ai déjà été très
bavarde.
@+++
Je vous invite à faire un petit tour sur le site internet de
Betsaleel.