Bienvenue à toutes et à tous


Merci d'être là en train de lire ce que j'ai eu tant de plaisir à écrire ! 
 
Merci d'avance pour les gentils messages que vous me laisserez, signe de votre intérêt, de votre sympathie, de vos critiques. Je vous répondrai dans les plus brefs délais.

Si vous voulez commenter un article, vous avez possibilité de le faire en dessous. Cliquez sur "ajouter un commentaire".

Sinon cliquez à côté du dessin "Calvin et Hobbes", juste pour papoter et vous pourrez me laisser votre message.

Et si vous voulez être informé régulièrement de mes nouvelles "publications", n'hésitez pas à vous inscrire à ma newsletter. Un grand merci à ceux qui l'ont déjà fait !

Bonne lecture !

 

nouvelle

Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /2009 14:43
Je viens de découvrir que je n'ai pas gagné le concours de nouvelle. Dommage...
Je suis forcément un peu déçue mais je ne regrette rien. J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire cette nouvelle. J'espère que vous en aurez autant à la lire. Je sais, elle est un peu longue mais le nombre de caractères était imposé : 15000 ! 
Allez, je vous souhaite une bonne lecture ! 



Bonjour. Je m'appelle Peter. J'ai 28 ans. J'aime par-dessus tout l'odeur d'un café fumant, les yaourts natures, le chocolat noir 98% de cacao, les reportages sur le Kilimandjaro, le contact de la terre avec mes mains, écouter un bon vieux rock bien rétro, me plonger sous l'eau fraîche après un jogging éreintant. J'aime... J'aime encore tout un tas de choses mais je vais arrêter là ma liste somme toute hétéroclite.

Par contre. Par contre, je déteste catégoriquement le blanc d'oeuf, les costumes sombres et leur cravate assortie, conduire de nuit, boire du lait le matin, les rappeurs qui vocifèrent, le coca-cola tiède.

Voilà. Est-ce que vous avez l'impression de mieux me connaître maintenant ? Pas tout à fait ? Alors je continue un peu. J'aime la vie. J'aime regarder les enfants jouer parce que j'ai l'impression que mon enfance à moi, n'est pas si loin. Je ne suis pas nostalgique. Peut-être que je ne suis pas assez vieux pour cela. Je suis fataliste. Ce que je dois vivre, je le vivrai au moment voulu. Chaque chose en son temps. Rien ne sert de courir, il faut partir à point. A chaque jour suffit sa peine. Le mieux est l'ennemi du bien. Pierre qui roule n'amasse pas mousse.

Vous l'aurez compris, je suis un mec cool. Tranquille. Zen. Et un peu philosophe sur les bords. Enfin, tout ce qui m'intéresse dans ma petite philosophie toute personnelle, c'est de comprendre qui je suis. Pourquoi je suis comme je suis ? Est-ce que je dois rester tel que je suis aujourd'hui ou dois-je encore trouver mon vrai Moi ? Qu'est-ce qu'il y a de bon en moi que je dois améliorer et de mauvais que je dois combattre ?

Si je pense à cela, c'est simplement parce que je veux réussir ma vie. Ne pas passer à côté. A côté de quoi ? Je ne sais pas justement...

Allez, je vous l'avoue, je suis très préoccupé par mon avenir. Ai-je une destinée à accomplir ou au contraire dois-je vivre au jour le jour sans me soucier du lendemain ? Petite parenthèse : quand je dis que je suis «préoccupé»... cela ne m'empêche pas de dormir non plus.

Je me dis que je dois être un peu schizo. Tantôt un mec super cool, Carpe Diem, tantôt un soucieux métaphysicien. J'ai l'impression que mon esprit est coupé en deux.

D'ailleurs, le monde est ainsi fait. Il y a toujours deux camps : le jour/la nuit, le chaud/le froid, la lumière/les ténèbres, les bons/les méchants, les riches/les pauvres, les forts/les faibles, les jeunes/les vieux ; mais surtout il y a ... les Noirs/les Blancs. Vous pensez que ma vision du monde est simpliste et manichéenne ? Si, si, avouez-le. Je vous entends depuis ici. C'est pourtant ce que je vis jour après jour.

Vous ai-je précisé que je suis africain ?

 

Un beau matin, je me suis réveillé en sursaut, me suis assis droit sur mon lit. Tel un ressort. Vous imaginez au-dessus de ma tête une petite ampoule qui clignote dans une bulle. Comme dans les B.D. au moment où le héros dit : «Eurêka !» Et bien, voilà. Le même.

C'est décidé. Je vais partir découvrir le monde pour comprendre quel est le sens de ma vie. Quelle est ma place dans le monde en tant qu'africain. Et d'ailleurs, qu'est-ce qui définit un homme comme africain ? Sa couleur de peau, sa culture, son mode de vie ? Y a-t-il partout cette différence entre noir et blanc ?

Tant de réponses à trouver. A trouver non dans des livres mais dans la vraie vie. Pas une minute à perdre !


Direction : centre-ville de Johannesburg. Grand pôle économique d'Afrique du Sud, mon pays natal. Déboussolé par tant de monde, de mouvement, de modernité. J'erre dans les rues, à l'écoute de mes pensées. Par où commencer ma quête ?

Je me laisse tenter par une invitation forte alléchante, ma foi : «Chocolaterie – Visite libre et gratuite». Même en pleine recherche des plus sérieuses, il n'y a pas de mal à se faire du bien.

- Suivez le guide !

Je découvre une petite entreprise qui exploite le cacao, de la plantation à la dégustation. Nettoyage des fèves. Séchage. Torréfaction. Enfin, la magie du chocolat peut commencer : les fèves sont concassées puis broyées pour devenir la précieuse pâte à cacao qui sera ensuite déclinée en confiserie, en tablette, en poudre, en pâte à tartiner. Quelle odeur gourmande ! Quelle couleur appétissante ! On tremperait bien volontiers un doigt dans cette énorme cuve !

- Vous avez des questions ? s'enquit notre jolie guide, très élégante dans sa petite robe bien cintrée. Tiens, je n'avais pas remarqué jusque là qu'elle était si jolie.

- Vous ne fabriquez que du chocolat noir à ce qu'il me semble ! Je n'en ai pas vu de blanc. Vous n'en faîtes pas ? C'est pourtant bon !

Hé ! Si je lui ai posé cette question, c'est bien parce que la réponse m'intéresse. Absolument pas dans le but de me faire remarquer. Je vous le jure !

- Oh ! Sacrilège, me répond-elle en souriant, d'un air faussement outré. D'après nous, le chocolat blanc ne mériterait même pas le nom de chocolat, du fait de sa composition : du beurre de cacao (qui est simplement la matière grasse contenue dans les fèves, comme vous l'avez observé tout à l'heure), du lait en poudre et du sucre. Alors non, nous ne fabriquons pas de chocolat blanc !

Suivirent d'autres questions techniques ou culinaires. Puis arriva la petite dégustation tant attendue. Une fois mes doigts et mes babines léchés et pourléchés, vint le moment de ma réflexion personnelle. Heureusement que personne ne peut lire dans mes pensées. Sinon le quidam moyen se dirait quelque chose du genre : «Quel est ce drôle d'individu qui philosophe sur du chocolat ?»

Et pourtant il y a bien matière à méditer ! Car même dans le milieu de la chocolaterie, noir et blanc sont séparés ! Par contre, ironiquement, les blancs sont considérés comme de moindre valeur par rapport aux noirs. Petite revanche sur l'histoire. Mais alors, devrait-il toujours y avoir une échelle de valeur entre noir et blanc ? La vraie question est-elle vraiment de savoir qui sont les meilleurs ?


Saint-Petersbourg. Quitte à voyager, autant visiter un pays totalement différent du mien. Entre l'Afrique et la Russie, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de points communs ! Peut-être un petit clin d'oeil simplement : je m'appelle Peter, non ? Alors me voici dans «la ville de Peter» ! Je ne pouvais que venir la visiter ! Passage obligé.

Et effectivement, je ne suis pas déçu. Neige, froid, panoplie bonnet-gant-écharpe. Dépaysement total. Tout un monde dont j'ignorais l'existence et que je découvre avec bonheur. J'aime me laisser surprendre par la vie. Un proverbe dit que «Partir, c'est mourir un peu». Absolument pas d'accord !

De plus, une autre surprise, imprévisible, m'y attendait. D'un tout autre genre. Par pur hasard, la capitale russe accueille le 8e championnat de jeu d'échec. Moi qui suis fan ! C'est vrai que je ne l'ai pas mis dans ma liste ci-dessus, excusez-moi. Mais vraiment, j'adore !

Voilà ce que j'appelle être au bon endroit, au bon moment ! Avant de me rendre à la salle où se déroule la compétition, je déambule nonchalamment dans les rues de Saint-Petersbourg. Première fois de ma vie que je joue au touriste. Admirable Perspective Nevski. Féérique fontaine. Enchantement de la Place du Palais. Les tsars ne me semblent pas si loin finalement ! Sans parler des églises, des cathédrales...

Je m'en mets plein les yeux et plein la tête avant de m'isoler dans l'ambiance recueillie et concentrée du championnat d'échec. Sur un grand écran, le jeu est retranscrit. Un damier grand de 4 mètres par 4 mètres. Impressionnant. Je suis loin de mes petits jeux en plastique sur lesquels on s'entrainait en classe avec notre prof de math.

Après quelques mots de présentations, l'arbitre officiel lance le départ du jeu.

«Les blancs jouent et gagnent !»

Evidemment que je la connais cette stupide formule consacrée ! Il n'empêche que je ne l'avais jamais entendue prononcer en direct, du haut d'une estrade, au micro, en public ! Nous sommes loin du blanc, sous-espèce du chocolat ! Cette fois, les blancs jouent et gagnent ! Alors pourquoi ils sont venus, ces couillons de noirs ? Pour perdre ? Bon, il faut que je me ressaisisse. C'est stupide ce que je viens de dire !

N'empêche. Elle m'a gâché le plaisir. Je n'arrive plus à m'intéresser à la partie qui se déroule devant moi. Qui mène le jeu, qui se fait manger ? Je m'en fous. Je ne vois que ce damier géant formé de petits carrés noirs et blancs, et ces pions de la même couleur – si l'on considère que ce sont des couleurs. Certains leur refusent ce statut ! Pourquoi ne sont-ils pas jaune et vert, après tout ? Est-ce que la partie serait moins intéressante ?

Quoiqu'il arrive, on est toujours confronté à cette dualité : Blanc/Noir ou Noir/Blanc. N'existe-t-il pas un espace commun où tout le monde pourrait vivre ensemble, où cette différence ne serait pas primordiale ?

S'il existe, il me tarde de le trouver.


Ecosse. Je choisis un petit pays dont je ne connais encore rien de concret. Je n'ai en tête que ces images d'Epinal de fantômes accompagnés de chauves-souris hantant de sombres manoirs. Lugubre. A la hauteur de mon moral et de mes espérances.

Mine de rien, les épisodes de la chocolaterie et du championnat d'échec ont un peu refroidi mon enthousiasme et mon optimisme. Est-ce que je cherche ici la confirmation que le monde est désespérant ?

Peut-être que je ne cherche pas de vraies réponses, après tout...

Pour l'instant, je me dirige vers la campagne. C'est vert, la campagne écossaise ! Reposant. Vous trouvez sans doute ma description un peu banale, mais pour moi, cette expérience est tellement nouvelle. Et apaisante. Par contre, il n'y a vraiment rien d'autre à voir que cette verdure... Pas le moindre château hanté ! Et bien, pour une fois, je ne suis pas mécontent de ne plus être confronté à ces éternels fantômes noirs et blancs qui me narguent sans cesse. Cela me fait des vacances.

J'arrive enfin à un carrefour. Des panneaux.

- Non ! Pas possible ! Même ici en pleine brousse écossaise !

«Black and White» indique l'une des pancartes.

Attiré comme par un aimant, j'emprunte cette direction. Mes «vacances» sont finies. Que vais-je trouver au terme de ce chemin ? Une discothèque ?

Perdu. Il s'agit d'une distillerie de whisky. C'est vrai, suis-je bête... le célèbre whisky «Black and White» !

Je m'approche de quelques pas. Pas trop non plus. Un groupe de jeunes est affalé devant l'entrée. Des ouvriers ou des clients venus pour une bonne dégustation, je ne sais pas. Des Africains, des Européens, des Indiens. Des melting potes, quoi ! De couleurs de peaux différentes mais d'accord sur une chose : ils sont tous complètement bourrés. Cela ferait un joli titre à la Une du journal local : «Noirs et Blancs complètement gris !»

Depuis ma petite cachette, je les entends rire grassement et lourdement. Ils ont dépassé depuis longtemps le simple stade où l'on se sent gai. Le spectacle est vraiment affligeant. Je vois un des ados vomir tandis que tous éclatent de rire en le montrant du doigt. Dégradant. Désespérant. Pour une fois que des Noirs et des Blancs semblent s'entendre sur un point, il faut que ce soit à propos de l'ivresse.

Partir. M'éloigner le plus loin possible de cette vision désolante. Vais-je enfin trouver un sens à cette différence entre noir et blanc qui a tant marqué ma vie ?


Paris. Capitale européenne du romantisme. Enfin une valeur positive dans ce monde de brute !

Je m'assieds sur un banc, dans un petit square de quartier. Je laisse mes yeux vagabonder vers les amoureux qui marchent main dans la main, les jeunes mamans qui aident leurs petits à démouler leurs pâtés de sable (je vous ai déjà dit que j'aime regarder les enfants jouer ? Ah, oui, c'est vrai !)

J'admire, de loin, les vitrines des boutiques toutes aussi bien décorées les unes que les autres. Un fleuriste et ses bouquets de roses et de glaïeuls. Un magasin de souvenirs et de cartes postales. Un primeur avec son étalage de fruits et légumes. Un photographe.

Toute cette juxtaposition de couleurs, de matières diverses et variées me donne l'impression d'être face à un magnifique scrapbooking grandeur nature. Je ne suis pas très calé en scrapbooking (dernier phénomène à la mode chez les filles !) mais c'est tout-à-fait l'idée que je m'en fais.

Après cette vision d'ensemble, mes yeux zooment plus précisément sur la devanture du photographe. Je m'approche. De superbes photos en noir et blanc sont exposées. Toutes dégagent une ambiance particulière : gaieté, douceur, nostalgie...

J'admire vraiment le travail du professionnel qui a guidé la gestuelle des personnes avec une telle précision qu'elles semblent prises sur le vif, complètement naturelles. Peut-être bien qu'elles le sont, après tout ! Je ne le saurai jamais !

Mais ce qui me fascine le plus, c'est la composition elle-même de la photo. Tous ces minuscules contrastes noirs et blancs mis bout à bout créent une image remarquable. Et si on se rapproche d'encore plus près, on découvre alors toute une palette de nuances entre les noirs et les blancs.

Oh ! Joie ! Enfin ! Ici, le Noir et le Blanc ne sont pas en concurrence. Car si tous ces petits points étaient noirs, on ne verrait plus rien. Mais s'ils étaient tous blancs, on aurait l'impression de se trouver devant une grande page vide. Et s'ils se trouvaient tous «entre gris clair et gris foncé», comme dirait Jean-Jacques Goldman, la photo perdrait tout son cachet, tout son charme. Tout le travail du photographe réside en cela : faire ressortir la brillance et les contrastes de la photo.

Ainsi noir et blanc travaillent ensemble pour créer une oeuvre d'art. Chacun a son importance particulière. Chaque nuance est complémentaire et entièrement nécessaire à l'harmonie de l'oeuvre. Enfin, un espoir dans ma quête ! On peut être diamétralement opposé (quoi de plus éloigné que le blanc du noir !) et pourtant être uni pour un but commun.


C'est le coeur plus léger que je rentre à Grahamstown, ma ville natale. Vous ne la connaissez sûrement pas, mais elle est très chouette, ma ville !

Je repense un peu à mon périple : des lieux très intéressants mais pas très positifs au niveau de ma recherche. Heureusement que j'ai rencontré ces magnifiques photos parisiennes ! Et je ne sais par quelle association d'idée, je me suis mis alors à repenser aux fusains de ma grand-mère. Ah ! Si, je sais pourquoi : elle dessine toujours en noir et blanc ! Humour.

Je revois mentalement en particulier, l'un d'entre eux. Mon préféré. Il représente deux scientifiques (un Africain et un Blanc, je sais, on est en plein dedans !) et un zèbre en arrière-plan. Les deux savants échangent des propos forts édifiants :

- Je vous affirme que ce zèbre est noir, rayé de blanc...

- Mais pas du tout ! Il est blanc, rayé de noir...

J'imagine cette discussion s'éterniser à l'infinie. Tant et si bien que j'en ris tout seul. Heureusement que personne ne me voit ! J'aurais l'air d'un fou.

Mais tout à coup, m'apparait l'absurdité de ma quête. Pourquoi vouloir à tout prix découvrir le sens profond de cette différence blanc/noir ? Chacun est comme il est, un point c'est tout. Avec ses qualités, ses défauts. Son charme, quoi ! Et ainsi, côte à côte, on forme le monde. Il est pas toujours très beau, ce monde. Mais, bon... personne n'est parfait, hélas...

Alors, peu importe que l'on soit noir ou blanc. Ou même pire (!) comme moi : black et blanc ! Non, je n'ai pas dit métis. Je suis black. Africain, quoi ! Mais je suis blanc de peau. Ah ! Pardon, j'avais oublié de vous le préciser ! Je fais parti des 9,2 % de blancs Sud-Africains. Vous comprenez maintenant pourquoi j'étais si interpelé par la question...

Difficile à gérer : pour mes potes africains, je suis un blanc. Mais mes amis européens ou américains m'appellent «Blackos» ou «Nègre». Evidemment sans méchanceté. Mais du coup, j'ai toujours l'impression de n'appartenir à aucun groupe et ça, j'ai vraiment eu du mal à le vivre. Jusqu'à aujourd'hui.

Car pour conclure ma recherche sur moi-même, je peux enfin dire que je me sens réconcilié avec mon moi intérieur. L'important désormais sera de découvrir ma place dans le monde en tant qu'homme et non en tant que black ou homme blanc.

Et comme aimait le répéter ma grand-mère – dessinatrice et humoriste à ses heures, vous l'aurez remarqué - «D'un oeuf blanc, on voit souvent un poulet bien noir éclore» ! J'aurais pu ajouter ce proverbe à ma liste de départ. Comme quoi, finalement, vous avez bien fait de me lire jusqu'à la fin, vous en aurez appris sur moi tout au long de ces quelques pages.

Morale de ce proverbe : il n'y a aucune garantie de rien dans ce monde. Du bon peut sortir du mauvais. Et inversement, heureusement ! Pas si manichéen que ça, notre bon vieux monde, rectification faite.

A bon entendeur, salut !

 
Par au clair de la plume - Publié dans : nouvelle - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /2009 10:23

Perchée sur une étagère, la petite théière en verre découvrait le monde. Un gentil monde culinaire qu'elle venait d'intégrer, fraîchement sortie de son emballage enrubanné. 

Sous son petit couvercle, ses pensées tournaient en rond. Comme le rond de son "bidon". Elle observait la famille Couvert qui séchait dans l'égouttoir. 
- Comme ils ont grise mine ! 
Et ces assiettes :
- Trop plates, elles n'ont vraiment pas de formes ! Enfin, ça fait une moyenne avec ces verres petits et bedonnants ! Aucune allure ! Ils sont tous si communs... 
Et les critiques allaient bon train. Personne n'était épargné. Tout en se parlant à elle-même, elle s'admirait, de biais, dans le reflet de la vitre.
- Quelle élégance ! Quelle finesse dans ce bec recourbé et cette anse sur mon dos ! Mes formes arrondies sont tellement gracieuses ! Moi, au moins, on ne m'utilisera que de temps à autres, pour de grandes occasions : prendre le thé accompagné de délicieux petits fours, en compagnie de charmantes dames... 
Elle n'en finissait pas de s'envoyer des compliments. 

Jour après jour, elle regardait d'un air condescendant toute cette joyeuse vaisselle sortie du placard, étalée sur la table, remplie de nourriture, vidée, lavée, astiquée, essuyée, rangée... Que cela doit être fatigant d'être ainsi trimbalé trois fois par jour. Quelle vie dangereuse ! Chacun risquait à tout moment d'être abîmé, rayé, ébréché, tordu, brisé, morcelé, fendillé... Notre pauvre théière en tremblait de peur ! 
Ainsi passaient les jours chez la famille Padeprisedetête : des jours où l'on voit la vie en rose, des jours où l'on fait chou blanc, des jours gris, des jours rouge de colère, des jours bleu de froid, des jours vert-espoir... Bref, une vie haute en couleur où la joyeuse tribu s'organisait pour le mieux ! Aucun détail n'échappait à la petite théière heureuse, elle, de sa situation confortable, loin de la frénésie ambiante.
Personne ne venait la déranger. Ah ! elle ne risquait pas de finir en deux sur le carrelage, son étagère était si haute que les enfants ne pouvaient pas l'atteindre. C'était à peine si la maman pouvait l'attraper, sur la pointe des pieds.
Dans leur existance sans chichi, les Padeprisedetête ne mettait pas les petits plats dans les grands. Tout était vécu à la bonne franquette ! 
Quatre-heure après quatre-heure, five o'clock après five o'clock, personne ne vint la chercher. La petite théière comprit alors, avec une petite inquiétude, que la gentille famille préférait mettre un sachet de thé par tasse, verser l'eau bouillante dessus et en avant ! Pas de place pour Miss Théière ! 

Avec le temps, son regard et son allure prétentieuse de starlette se firent nostalgique... mélancolique... voire même un certain jour franchement triste. Tant et si bien que de grosses larmes se mirent à couler le long de son joli ventre rond. Elle faisait vraiment de la peine, la jolie théière. 
Maintenant elle soupirait d'envie en voyant les assiettes, les verres, les couverts être utilisés sans cesse. Au moins, on s'occupait d'eux ! 
-Moi, sur mon étagère, je n'ai même pas droit à un regard. A croire que je n'existe pas...
Peu lui importait à présent d'être gracieuse et raffinée, elle aurait préféré être ébréchée mais se sentir utile, avoir une vie remplie plutôt que cette vie solitaire sur son piédestal. 

Elle dévorait des yeux tout ce petit monde culinaire. Mais avec un regard amical maintenant. Elle se mit, dès lors, à fixer Madame Padeprisedetête avec insistance. Est-ce pour cette raison que la jolie maman sembla la remarquer tout-à-coup cet après-midi-là ? Après une petite hésitation, elle prit délicatement notre amie théière, la dépoussiéra, déposa dans son "ventre" une boule à thé bien remplie et versa l'eau bouillante dedans. 

Notre petite théière découvrit alors le sens de sa vie ! Elle était faite pour contenir ce liquide chaud et parfumé, dont la vapeur embaumait l'atmosphère. 
Elle se fit si douce et docile entre les mains de la maîtresse de maison que celle-ci ne regretta pas de l'avoir employé. Elle l'adopta sur le champ. Et ainsi suivirent de nombreuses après-midi autour de notre petite théière en verre ! 

 
Par Au clair de la plume - Publié dans : nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /2008 15:17

Du haut de l'armoire, elle descend à bout de bras, la grosse valise en carton "déco de Noël". Elle l'ouvre. Des boules, des bougies, des paillettes, des étoiles, de petits bricolages faits maison... Autant de menus trésors destinés à décorer le sapin, la maison et son entrée : ambiance de fête garantie !

Au centre de la pièce, le sapin, remonté de la cave, dépoussiéré, ses branches dépliées, attend avec impatience d'être revêtu de ses plus beaux atours. Fidèle compagnon de Noël.
Ne sachant par quels bouts commencer, elle sort tout, elle étale tout par terre. Elle regarde, attendrie, tous ces jolis accessoires : anciens ou neufs, fabriqués ou achetés. Tous sont présents pour recréer, année après année, la magie de Noël. D'un regard, elle enveloppe la scène.
Elle se décide enfin à prendre la longue guirlande lumineuse qu'elle enroule de haut en bas autour du sapin. Cette lumière bleutée le met immédiatement en valeur. Puis vient le tour des guirlandes rouges et dorées, des petites fabrication en pâte à sel, carton, perles ou paillettes. Et enfin l'étoile qui surplombe tout ce joli petit monde ! 
Elle recule d'un pas afin d'admirer son oeuvre. Satisfaite ! Elle est satisfaite. Ne reste plus qu'à ajouter les quatre dernières boules de Noël - petite touche finale - et le résultat sera parfait. 

Délicatement, elle prend une boule rose par son petit ruban. Elle la lève jusqu'à son visage pour en admirer la couleur et la brillance. Mais qu'aperçoit-elle dans le reflet de cette boule ? Le visage d'une fillette. Une fillette avec deux couettes qui lui sourit. Surprise ! La fillette qu'elle était 25 ans plus tôt ! La petite fille porte tendrement dans ses bras une poupée bouclée, toute neuve. Certainement son cadeau de Noël. Oui... oui et non. Ses parents, quelque peu anticonformiste, lui ont offert effectivement ce cadeau en cette période de fin d'année... mais pas le 25 décembre. Surtout pas ! Pas question d'accorder une quelconque importance au 25 décembre pour fêter la naissance de Jésus, alors que cette date a été fixée d'après une tradition païenne. Le sauveur serait plutôt né au printemps, avaient-ils expliqué à leur enfant. Les bergers gardaient leurs moutons, la nuit, dans les champs !
Ainsi dans cette boule rose, point de sapin n'apparaît. Pas plus qu'une crèche ou dinde aux marrons. Rien de traditionnel (si ce n'est peut-être des papillotes !...). Une simple poupée dans les bras d'une petite fille souriante. A cinq ans, peu importe la date à laquelle on reçoit un cadeau donné avec tant d'amour !
Et la boule rose prend sa place dans le sapin.

Maintenant, la boule verte. Où va-t-elle aller ? Elle la regarde de plus près : le vert... la couleur de son amoureux de 10 ans ! C'est loin tout ça... Son regard se perd dans le vague. Noël à dix ans... Elle revoit les grandes tablées dressées dans leur salle à manger bien décorée. Dans les assiettes, les petits bateaux d'avocat fourrés de macédoine de légume. La voile en papier piquée sur un cure-dent porte le nom de chaque invité. Joli plan de table fabriqué par les enfants aidés par la maman. 
Les parents organisent ce sympathique repas de fête pour inviter ceux qui se sentent seuls : des personnes âgées, des célibataires... Et oui, le 25 décembre est une date bien triste si l'on se retrouve sans famille, sans ami, tout en sachant que tout autour on se retrouve pour faire la fête. 
Cependant, toujours pas question de célébrer la naissance du Sauveur, mais plutôt fêter l'amitié, la fraternité.
La boule verte peut rejoindre la boule rose.

Place à la boule rouge. Quelle image lui renvoie-t-elle, cette boule rouge ? Elle la regarde bien attentivement... jusqu'à ce que lui apparaisse le visage d'une adolescente souriante mais en quête d'identité. Et pour cause : atterrissage en Afrique. Orphelinat. Brousse. Tiraillement entre culture européenne et africaine. 
Noël pieds nus dans le sable loin de la neige. Noël parmi 150 orphelins. Noël complètement nouveau et atypique : entre repas servis à l'africaine au son de chants traditionnels de Noël, présentations de petits sketches... Joyeuse distribution de cadeaux ! La naissance du Sauveur est le centre de cette fête ! 
Alors, petite remise en question parentale : puisque Jésus est vivant tous les jours, on peut le fêter tous les jours ! Et pourquoi pas ce fameux 25 décembre ? Remercions-le ensemble, avec tous ces enfants, avec les "tontons et taties" qui s'en occupent, de sa venue sur terre ! 
Petite boule rouge tropicale, va prendre place parmi les autres !

Et voici la dernière boule, la dorée. Et là, elle s'aperçoit dans cette jolie boule. Elle-même, aujourd'hui. Sereine. Et en y regardant de plus près, à côté de son reflet, elle distingue une petite frimousse : celui d'une petite fille blonde qui lui sourit en murmurant : "Maman..." C'est maintenant pour cette enfant-là qu'elle prépare ce sapin de Noël. Mais que verra sa fillette dans ses boules de Noël, d'ici quelques années ? Que ce soit de la joie, de l'amour, de la paix ! 
Alors, joyeux Noël à tous ! Noël ! La fête des petits et des grands, des parents, des enfants, des familles, des amis. 
Que chacun fasse la fête avec son coeur : avec ou sans crèche, avec ou sans sapin, avec des gros ou des petits cadeaux, une fête simple ou somptueuse !
Et profitons de cette période de fin d'année pour dire à ceux que nous aimons... que nous les aimons ! 

Joyeux Noël !

Par RIBAY-REDON - Publié dans : nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /2008 15:15


Monsieur Personne s'avance dans l'allée centrale. Il marche à petits pas ; ni pressé, ni nonchalant. D'un mouvement de tête précis, il regarde de droite et de gauche, à la recherche d'un outil. Un outil quelconque pour un observateur muet, mais un outil bien particulier pour lui.
Que cherche donc Monsieur Personne ?...
Mais au fait, que fait Monsieur Personne dans un magasin de bricolage ? Comme Monsieur-tout-le-monde. Il cherche du matériel pour bricoler. Normal. Ah ! parce que Monsieur Personne bricole vraiment alors ?
Hé oui ! Pourquoi pas, après tout !  
Mais que bricole-t-il concrètement ? Il répare son portail, installe de la moquette, fait de la plomberie ? Impossible de l'imaginer. Et ceci, en quelque costume que ce soit, d'ailleurs !

Par exemple, aujourd'hui (mais comme chaque jour, en fait), il porte une chemise grise sur un pantalon gris, chaussé de banals mocassins. Pourquoi, au nom du ciel, est-il allé un jour quelconque acheter des vêtements aussi passe-partout ? Pas préoccupé de sa petite personne, ce Monsieur Personne ! C'est le moins qu'on puisse dire ! Dans de pareils atours, il est évident, qu'il passe tout à fait inaperçu. Le genre de "Passe-Muraille" à la Marcel Aymé. 
Même son visage sans expression ne laisse rien passer. Impossible de deviner son humeur du jour. Simplement deux yeux, un nez, une bouche, comme Monsieur-tout-le-monde. Encore ce Monsieur-tout-le-monde ! On ne pouvait pas dire qu'il était bien ou mal fait de sa personne... simplement aucun signe distinctif ; "néant" indiquait son passeport. 
C'est très simple : il n'avait l'air de rien. Et pourtant...

Qui eût cru que ce Monsieur Personne qui ne faisait pas grand cas de sa propre personne était dévoué au monde entier ? Grâce à lui, la terre tournait rond, chaque jour, sans que quiconque s'en aperçoive. 
Qui va descendre les poubelles ? C'est Personne.  
Qui va mettre la table ? C'est encore Personne.
Qui va faire les courses ? Personne.
Qui va laver la voiture ? Personne. 
Qui va étendre le linge ? Personne.
Qui va réparer le lavabo qui fuit ? Personne. 
Qui va sortir le chien ? Personne.
Qui va ranger la vaisselle ? Personne.  
Qui... ? Qui... ?

Ainsi la vie coulait comme un long fleuve tranquille sans l'aide de personne. Ou plutôt si, avec l'aide de Personne ! 
Car notre Monsieur Personne payait chaque jour de sa personne afin de rendre la vie plus agréable à tout ceux qui l'entourait. Sans distinction aucune. Il réalisait les petites actions que Tout-le-Monde aurait dû faire, mais que personne ne faisait. 
Alors lui... Naturellement. Discrètement, silencieusement. Tout en douceur. Sans se poser toutes sortes de question. Mine de rien... il allait, venait... 
Mais quand tout était fait, personne ne le remarquait. Quel était donc ce monde, où personne ne voyait Personne ?
Qui était ce Monsieur Personne qui ressemblait à Monsieur-tout-le-monde comme personne ? Bon, euh... faudrait savoir... comme tout-le-monde ou comme personne ?

La réponse tomba le jour où il disparut. Hélas. 
On entendit alors dans le quartier :
- Ce pauvre Monsieur Personne... jamais un écart... une vie comme tout le monde...
- Oui, on peut le dire : ce brave Monsieur Personne ne ressemblait à personne...
- Ah !  C'était quelqu'un, ce Monsieur Personne !

En conclusion, Monsieur Personne ressemblait tellement à Monsieur-tout-le-monde qu'il en était devenu Quelqu'un ! 
Par RIBAY-REDON - Publié dans : nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mercredi 8 octobre 2008 3 08 /10 /2008 16:01


Spectacle de fin d'année scolaire, dans un jardin de ville. Décor bucolique. Ambiance festive. Tonnerre d'applaudissements. Petites larmes d'émotions vite essuyées. Rires.
Un groupe d'enfants accompagné de leur institutrice salue bien bas depuis l'estrade. En fond, des buissons de lauriers roses font ressortir leurs déguisements blancs. Parents, famille, amis, assis sommairement sur les gradins en ciment du parc, n'en perdent pas une miette. Peu importe le confort. Dans cette arène, si les participants sont mangés, ce ne sont que des yeux !
L'estrade se vide dans un joli désordre de bousculade, de rires d'enfants, de chuchotements de professeurs...
- Silence ! Silence ! résonne une voix au micro.
- ...lence ! ...lence ! répond l'écho.

Entrent alors sur scène, des tout-petits, à la file indienne. Des oh ! et des ah ! montent des gradins. Les jeunes écoliers se sont arrêtés au milieu de l'estrade et tournent sur eux-même pour laisser le temps aux spectateurs de les admirer à leur guise. Ils sont tout simplement magnifiques ! Des mains de fée leur ont confectionné des costumes fabuleux ! Ce petit est une tomate ; celui-là, un champignon ; puis s'avance une olive et une aubergine. Tout le public éclate de rire quand apparaît un petit gruyère et un petit jambon. Un vrai travail de professionnel pour rendre ces déguisements aussi représentatifs. Mais au fait, quel est le thème du spectacle ? 
- Pizza au feu des bois ! annonce en musique la maîtresse.
Aussitôt les enfants forment de petites rondes : de bien jolies "pizzas". Et tournent, tournent gaiement au rythme de la musique. Virevoltent en tout sens, au son joyeux des violons. Puis la mélodie se fait plus lente, plus douce. Piano, piano. Pianissimo.  
De derrière le rideau de fortune, un bambin apparaît. Tout de blanc vêtu. Une silhouette toute en longueur que vient allonger un haute toque posée sur sa tête. Aucun doute, voilà notre cuisinier ! Un sourire radieux illumine son visage tandis qu'il passe nonchalamment autour de chaque "pizza" enfantine. Cette silhouette blanche et longiligne vient contraster avec les rondeurs bariolées des autres petits déguisés. Il passe et repasse. De sa main, il fait signe aux rondes de tournoyer encore et encore. 
Soudain, il lève les deux bras au ciel et les baisse subitement. Sous l'autorité du chef-d'orchestre, les rondes stoppent tout mouvement. Des notes de piano, allegro, se font entendre et aussitôt un second groupe d'enfants monte sur la piste. Tout de rouge et de orange vêtu. Ils entourent les "pizzas", mimant à l'aide de rubans, de joyeuses flammes qui viendraient les chauffer. Ils ondulent leur corps, agitent leurs bras en cadence. 
Très sérieux, le jeune cuisinier regarde droit devant lui, droit dans la foule, le regard perdu au loin. Tandis que tout tourbillonne autour de lui, il reste ainsi figé. 
Le rythme de la mélodie s'accélère. Le piano et les violons se déchaînent. Au claquement des cymbales, les instruments et les enfants s'immobilisent. Les écoliers restent impassibles quelques secondes puis se mettent en ligne ; le chef-cuisinier les précédant d'un pas. Tous saluent, sous les acclamations de l'assistance, debout.
L'institutrice fait signe aux enfants qu'ils peuvent maintenant rejoindre leur famille. Alors tous s'élancent dans les bras de leurs parents. Bisous, étreintes, câlins, tapotements sur la tête ou l'épaule, à chacun sa manifestation d'affection. 

Mais alors, que fait encore notre petit cuistot sur l'estrade ? A son tour, d'être spectateur. Spectateur de la scène qui se déroule dans les gradins. Recherche-t-il quelqu'un ? Un parent ? Des amis ? Il semblerait que non. Simplement, il regarde d'un petit air pensif. Puis se résignant à quitter des yeux ce tableau, il se dirige vers les marches et descend lentement de l'estrade. Son regard fixant le sol, il marche. Il s'éloigne des petits groupes qui s'embrassent encore. Il marche tranquillement. Il ne se retourne pas. Devant la grille du jardin, notre jeune héros s'arrête. Il aperçoit un gros caillou blanc. Il s'assoit. Il attend. Résigné.
Personne n'est venu le voir jouer. 
 
Par RIBAY-REDON - Publié dans : nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 14:34

Elle est seule dans l'arrière-boutique. Seule derrière les persiennes. Seule. Elle attend. Elle attend quoi ? Que les minutes passent une à une. Rien de plus.
Le regard dans le vague, elle n'aperçoit pas les passants qui passent. Flous. Passent et repassent, au loin derrière la vitrine. 
Tout lui apparaît brumeux et cotoneux, sans consistance, sans couleur. Entre elle et ces promeneurs se trouve la boutique avec sa banque d'accueil, ses tables de vente, ses fauteuils, sa déco, sa banderole " 50 ans parmi vous". Tout est chic, minutieusement étudié. Mais elle ne le voit pas non plus. 
Seul s'offre à ses yeux, cet horizon nébuleux rayé par les persiennes. Elle reste là, immobile, hors de l'espace et du temps. Suspendue dans une bulle. 

Soudain, derrière les persiennes, dehors, derrière la vitrine, une silhouette paraît. Bien distincte. Telle la mise au point d'un appareil-photo, elle le fixe. Pourquoi aussitôt, l'image d'un prince s'impose-t-elle à son esprit ? Est-ce ses cheveux châtains, cette démarche décidée, ce regard franc qui transperce la vitre. Et les persiennes. Sans la voir. 
Il entre. Elle retient sa respiration. Elle l'observe. Quelque chose en lui l'attire, indéfinissable. Elle le regarde marcher maintenant à pas lent, déambuler dans la boutique, peut-être surpris de s'y retrouver seul. 
Elle l'imagine soudain dans la même posture flânant devant les pyramides d'Egypte, les Fjörds de Norvège, les ruelles de Florence... Une belle femme à son bras. Qui est cette femme si rayonnante ? C'est elle ! Enfin, c'est à la fois elle et pas elle... 
L'homme charmant prend maintenant une coupe des coupes de champagne mises à la disposition des clients : la boutique familiale fête ses 50 ans d'implantation. Mais pour elle, le décor est tout autre. Ils sont ensemble, sirotant un magnifique cocktail sur une plage de sable fin. Tout est douceur, sourire, délicatesse. Loin du quotidien morose malgré le soleil, solitaire malgré la compagnie, pauvre malgré le confort. 

Perdue dans ses pensées, elle se lève pour se diriger vers lui. Sort de derrière ses persiennes. Elle s'approche doucement. Elle n'est plus qu'à deux pas de lui... crissement d'un talon... Sursaut du bel homme qui se retourne aussitôt : 
- Ah ! Bonjour, mademoiselle. Je ne vous avais pas... 
Il s'interrompt soudain. Leur regard se croise. Mais pour elle, le charme est rompu. Ce "mademoiselle" la rappelle à la réalité : ils ne se connaissent pas. Au même moment, elle l'imagine descendant sa poubelle, poussant banalement un caddy, jurant sur sa p... de caisse qui ne démarre pas ! 
Ce beau ténébreux ignore qu'il vient de passer en quelques secondes, du statut de prince charmant à celui de monsieur-tout-le-monde. Fasciné à son tour (mais hélas, trop tard) par cette jolie femme silencieuse, il lui tend une coupe. Et levant la sienne, il demande à mi-voix :
- A quoi buvons-nous ? 
Silence. Puis...
-  À "si seulement"...
-  Si seulement...
Par RIBAY-REDON - Publié dans : nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /2008 14:50
Le Psaume 23, mon préféré, nous parle de confiance, de paix, de sécurité. Je n'aurais jamais peur de rien si je me disais tous les jours : "je ne crains aucun mal, car tu es avec moi".

Le texte suivant est une réécriture libre de ce psaume.

Aujourd'hui départ du grand troupeau. Le berger est prêt. Sa besace sur l'épaule, sa houlette et son bâton à la main, son vieux chapeau sur la tête. Pas de carte. Pas de boussole. Il sait exactement où il va. Pas de sifflet non plus. Sa voix rassurante est suffisante pour rassembler le bétail. Dès qu'il se met en marche, moutons, béliers, brebis, agneaux lui emboîtent le pas calmement.

Sur le chemin caillouteux, le bruit des sabots résonnent. A ceci se mêlent le tintamarre des bêlements, des clochettes et la poussière qui les enveloppe tous d'un épais nuage opaque. Mais très rapidement, le berger quitte la route et coupe à travers champ. Direction : le pâturage et sa source intarissable. Le troupeau semble hâter le pas, attiré par ce
paisible lieu de ravitaillement.  Pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Chaque brebis est libre de ses mouvements : brouter, se reposer, allaiter... Le berger sait de quoi chacune a besoin.

Puis le pâtre se remet en route et docilement le troupeau le suit. Petit à petit les brebis se resserrent devant l'étroitesse du sentier qui s'assombrit et commence à descendre dangereusement. Les voilà maintenant à la file indienne. D'un côté le précipice, de l'autre les épines, les ronces, les risques d'éboulement de pierres. Et cette chaleur étouffante! Les rochers semblent avoir éclater sous son impact en milliers de cailloux tranchants. Mais emportées par le mouvement, pas une ne s'arrête.
Le berger est là, devant, solide ; présence rassurante.

Peu à peu le chemin s'élargit, remonte en pente douce. Quelques fleurs commencent à montrer le bout de leurs pétales. L'herbe réapparaît. Une herbe tendre, touffue.
Le panorama est splendide. Ils surplombent cette vallée qu'ils viennent de traverser. Elle semble si loin... Les voilà enfin arrivés à destination : un immense pâturage qui semble rejoindre un ciel sans nuage.




Par au clair de la plume - Publié dans : nouvelle - Communauté : Les mains du palmier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Rechercher

Présentation

Juste pour papoter !

Juste pour papoter ! Voilà un petit coin pour papoter de choses et d'autres, de tout sauf de mes articles. 
Les seules choses qui ne sont pas fournies, ce sont les croissants et le thé ! 
    
(Pour me laisser un petit mot, cliquez sur le dessin)

Recommander

Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés